Le mythe de la dominance chez les chiens
Découvrez pourquoi l’idée d’un chien “dominant” est un mythe, loin des vieilles théories sur les loups et les rapports de force, l’article explique comment ces idées reçues ont émergé et pourquoi elles n’ont pas lieu d’être dans l’éducation canine moderne.
Vivre avec son chien
Historique du mythe :
- En 1947, Rudolph Schenkel publia l’étude intitulée « Expressions Studies on Wolves ».
Cette étude a introduit la notion de loups alpha, en se basant sur l’idée que les loups se livrent à des combats au sein de la meute pour établir la domination, et que le loup victorieux est désigné comme l’individu « alpha ».
Il est important de noter que les conditions dans lesquelles cette étude a été menée étaient très éloignées des conditions de vie naturelle
du loup. Schenkel avait réuni jusqu’à dix loups dans un espace
restreint d’environ 10 mètres sur 20. De plus, ces loups étaient en
captivité et provenaient de différents zoos, n’ayant aucun lien de parenté entre eux.
- L’étude intitulée « The Wolf: The Ecology and Behavior of an Endangered Species » a été publiée en 1970 par David Mech.
Cette étude a initialement soutenu l’idée de la présence de loups alpha et a suggéré que ces comportements pouvaient également s’appliquer aux chiens domestiques.
Avec le temps, David Mech a commencé à remettre en question le contenu de son étude, suite à la réalisation de nouvelles études sur des loups en liberté.
Il a fait plusieurs tentatives pour mettre fin à la publication de
l’étude « The Wolf: The Ecology and Behavior of an Endangered
Species », mais ces démarches ont été infructueuses. Finalement, ce
n’est qu’en 2022 que la publication de cette étude a été interrompue.
En fin de compte, l’étude menée en captivité sur les loups pourrait être
comparée à l’idée d’étudier la structure familiale humaine en observant
la culture des détenus dans une cellule de prison.
Comment fonctionne une meute de loup :
Les loups organisent leur groupe social en formant une meute, et cette terminologie est appliquée dès lors que deux individus vivent ensemble et se reproduisent. En général, les loups établissent des structures familiales, souvent centrées autour d’un couple reproducteur désigné comme le « couple alpha. »
Cependant, certaines recherches ont révélé que des meutes de loups peuvent être
structurées différemment, par exemple autour d’un trio composé d’un mâle
et de deux femelles matures, ou encore d’un mâle, de son fils né
l’année précédente et d’une femelle. Ce qui importe principalement dans
cette organisation est le rôle reproducteur des individus.
Le reste de la meute est constitué des jeunes issus des années précédentes
et des louveteaux de l’année en cours. Tous les membres de la meute de
loups sont reliés par des liens familiaux. Parfois, des loups
individuels peuvent vagabonder entre plusieurs groupes sans
véritablement en faire partie.
Un chien = un loup ? :
Bien que nous n’ayons pas encore pu déterminer avec certitude l’origine
géographique du chien domestique ni les circonstances exactes et la
chronologie de sa domestication, les progrès réalisés dans l’étude de
l’ADN ancien nous permettent aujourd’hui de démêler les fils complexes
de l’histoire des chiens, passés et présents. En réponse à la question
de savoir si les chiens ont évolué à partir des loups, la réponse est
effectivement oui.
Cependant, grâce à la génétique, nous pouvons désormais affirmer que tous
les chiens modernes, malgré leur grande diversité, sont issus d’une
lignée de loups préhistoriques aujourd’hui éteints, et ils ont
finalement peu de liens étroits avec les loups modernes.
La dominance interspécifique (Qui concerne deux espèces différentes) :
La notion de domination entre différentes espèces animales est simplement inexistante.
Un lapin, par exemple, ne peut pas exercer de domination sur un chien,
tout comme un alligator ne peut pas dominer une souris. Les codes de communication et les ressources recherchées varient d’une espèce à l’autre, ce qui est également le cas pour la relation entre l’homme et le chien.
Il est essentiel de se rappeler que les chiens sont opportunistes,
ce qui signifie qu’ils saisissent les occasions qui se présentent pour
obtenir de la nourriture, de l’attention ou d’autres avantages. Les
chiens sont réputés pour leur intelligence et leur capacité à rapidement
apprendre à exploiter les situations en leur faveur.
La dominance intraspécifique (Qui concerne la même espèce) :
Les chiens ont recours à des signaux de communication
pour interagir entre eux. Les comportements que l’on qualifie de
« dominants » chez les chiens, tels que le chevauchement ou les
grognements, sont généralement des moyens de communication plutôt que
des tentatives de domination. Il est essentiel d’apprendre à décoder ces
signaux et de les interpréter en fonction du contexte pour mieux
comprendre les interactions de votre chien et ses réactions.
Il est important de se rappeler que chaque chien possède sa propre personnalité et ses préférences.
Dans un foyer avec plusieurs chiens, leurs relations sont souvent
déterminées par des préférences individuelles, comme qui préfère telle
mastication ou tel jouet, qui opte pour le panier le plus confortable,
ou qui recherche les caresses des humains en premier. Ces préférences varient d’un chien à l’autre et peuvent évoluer au fil du temps.
L’application du mythe dans l'éducation canine :
Cette idée persiste malheureusement largement, même si elle est contredite par l’ensemble des études scientifiques. Elle est souvent utilisée pour légitimer des méthodes brutales
qui reposent sur la violence et l’utilisation de contraintes physiques.
Toutes ces pratiques ne font que compromettre votre relation avec votre
chien, rompre le lien de confiance et causer une profonde détresse émotionnelle chez lui.
Conclusion :
Comme vous pouvez le remarquer, la théorie de la dominance perdure en raison de la désinformation. Bien que nous puissions la réfuter avec de nombreux arguments scientifiques,
concentrons-nous sur ces points essentiels. Si vous souhaitez
approfondir cette question, je vous encourage vivement à explorer
davantage les signaux de communication et à consulter des études
scientifiques approfondies.
Il est primordial que notre relation avec notre chien repose sur les
valeurs fondamentales de respect, de bienveillance et de coopération.
